Le modèle allemand d’Intelligence économique … Embryon des écosystèmes coopératifs modernes.

Dans l’histoire de l’Allemagne, Carl von Clausewitz fut un des précurseurs de l’intelligence compétitive en Allemagne avec son livre paru en 1852 « Vom Kriege » (littéralement : de la guerre). Certains chapitres comme « Nachrichten im Kriege » (Informations en temps de guerre) illustrent parfaitement la longue tradition du renseignement au cœur de l’histoire militaire allemande. Cette culture de la recherche d’informations a été reprise par les Prussiens : les généraux du Kaiser étaient parfaitement au courant de la capacité de production des usines françaises, puisqu’elles avaient été assurées par des assureurs allemands.

Après Clausewitz, c’est l’ingénieur allemand Stefan Herzog qui écrit un rapport intitulé « Plan de guerre commerciale de l’Allemagne ». Ce rapport élaboré en 1915, est une des très rares traces écrites du savoir-faire allemand dans ce domaine. Rédigé dans l’hypothèse où l’Allemagne sortirait victorieuse de la Première Guerre Mondiale, il énumère les moyens d’action à mettre en œuvre pour préserver les intérêts de puissance allemands vis-vis des vaincus et du reste du monde. La réflexion d’Herzog est allée jusqu’à préconiser la non-délocalisation des industries allemandes dont les produits sont indispensables pour l’étranger afin de les négocier contre des matières premières.

L’auteur énonce clairement les règles d’une certaine forme de guerre économique opposant les états européens au début du 20ème siècle. Il préconise l’utilisation de la désinformation et de la propagande pour vaincre l’ennemi sur le terrain commercial et définit les différents types de moyens à mettre en œuvre dont le contrôle des exportations dans la guerre commerciale.

Le dispositif allemand d’intelligence compétitive s’est constitué sur la durée. Au XIXe siècle, lors de la création de l’État allemand, Bismarck incite les banquiers et les industriels à coopérer étroitement, afin d’asseoir la crédibilité économique de l’Allemagne vis-à-vis de la suprématie commerciale anglaise.

Si l’Allemagne est la première puissance économique d’Europe, c’est bien grâce à son système national d’intelligence compétitive. En effet, ce modèle s’appuie sur un profond sentiment collectif de « patriotisme économique ». Une organisation au niveau des Länder s’est mise en place pour remplir cet objectif. C’est ainsi que l’ensemble des acteurs locaux qui produisent de l’information pour les entreprises sont consultables à tous les niveaux : Fédéral, Länder, Chambres consulaires et Banques. Il existe autour de ce réseau « officiel », d’autres réseaux parallèles de collecte et de diffusion de l’information stratégique : les banques à l’étranger, les cercles de travail, les universités, les instituts de technologie, les assurances. Tous ces capteurs travaillent en parfaite intelligence au profit des entreprises et des objectifs stratégiques fixés au niveau des Länder.

Un autre facteur clé de succès des entreprises allemandes réside dans l’état d’esprit de l’ensemble des acteurs économiques allemands, avec pour objectif primordial de permettre aux entreprises de s’attaquer aux marchés. Les entreprises elles-mêmes ont la volonté de coopérer et de s’unir pour affronter ensemble les difficultés. Cette volonté est toujours soutenue par les institutions et partenaires locaux par un réseau dense et une circulation fluide de l’information stratégique.

Cette organisation économique allemande, forte de sa tradition de dialogue et de communication entre les acteurs socio-économiques, favorise à tous les niveaux les réflexions conjointes pour identifier des objectifs communs et, de ce fait, tendre vers un consensus.